Création

La ville du chat obstiné

Au cœur de cette histoire, un binôme inattendu: deux grands voyageurs et cartographes d’un genre un peu particulier; une femme et un chat, qui travaillent ensemble depuis plusieurs années à l’élaboration d’un Atlas international des villes des chats. Pas vraiment chat de canapé, il est fort indépendant de caractère et ne fait que se carapater. Elle, pensait parvenir à l’apprivoiser, mais il faut se rendre à l’évidence: c’est elle qui le suit incessamment. Aujourd’hui, ils étaient venus présenter leur travail, mais voilà, elle est seule. Le chat a (encore) fugué, dans ce quartier qu’elle ne connait pas.

C’est sur cette situation de départ que s’engage la prochaine création du blÖffique théâtre destinée aux enfants. Depuis leur salle de classe, ou tout autre lieu où ils sont rassemblés avant le spectacle qu’ils s’attendent à voir, les enfants voient débouler cette femme, et le temps de la représentation s’opère un fondu enchaîné avec le réel. Elle raconte leur travail et leur vie en commun. Ces fugues incessant qui l’ont conduite à accrocher une caméra miniature au collier de son collègue félin. Les dernières images collectées par la caméra embarquée et partagées avec les enfants, leur permettent de reconnaitre certains endroits et de guider la femme à travers le quartier. Mais quand la caméra est retrouvée sans le chat, ce n’est plus seulement son regard qu’il faut adopter, mais dans sa peau qu’il faut pouvoir se glisser: imaginer où il aurait envie d’aller, ce qui guiderait son itinérance, et ainsi sonder l’arrière des portails, des vitres cassées, les espaces entre les murs, la ramure des arbres et tout autre interstice qui formerait une sorte de contre-ville, celle des chats errants…

Pour le blÖffique théâtre, et au-delà de sa dimension affective évidente, utiliser la figure fantasmatique du chat errant permet d’engager la traversée d’un quartier comme un parcours initiatique, parsemé d’épreuves imaginaires à rencontrer en groupe (le groupe de spectateurs). Elle invite chacun.e à poser un regard sur la ville, le village, les espaces familiers depuis ce point de vue animal pour mieux questionner notre sensation de liberté de circulation dans les espaces publics et explorer les hors-champs, les lieux où l’on n’accède pas, comme autant d’espaces à projeter, à même de renouvler notre imaginaire.